Voyage dans les oasis 1989


Quelques réflexions prises au hasard

* notons l’embarras de «ceux de là-bas» qui se demandent, comme Lucien, s’il faut parler de Bous Saada la Cité du bonheur, Ghardaïa ou de Beni Izguen la mozabite puritaine, d’ El Oued, la ville aux mille coupoles, de Rhoufi et de ses «balcons», du coucher de soleil sur le dunes d’une beauté indicible ou simplement d’un quartier tortueux, la Casbah...

Et puis comment être objectif lorsqu’il s’agit de raconter son pays natal ?

* Donnons le point de vue d’un «non-rapatrié». Je veux dire que ma femme et moi sommes enchantés de notre voyage envoûtés et émerveillés. Quel beau pays ! Quand on pense que des milliers de Français vont très loin... alors qu’ils ont l’Algérie à une heure d’avion! Enchantés aussi du si sympathique climat qui a régné d’un bout à l’autre, dans le groupe.... (Roger)

* Dans sa longue lettre, Marie-Thérèse écrit: nous ne sommes pas près d’oublier cette «randonnée saharienne», non seulement pour les paysages qu’elle nous a offerts, mais surtout par l’ambiance qui a régné tout au long du voyage et qui a fait que les personnes qui ne faisaient pas partie du groupe, initialement, se sont bien intégrées et sont satisfaites certainement elles aussi. Personnellement, ce que j’ai apprécié c’est la réaction de chacun devant les petites «incommodités», sans concertation d’aucune sorte... ce qui prouve l’unité du groupe et sa solidarité.

* Citons aussi Marie-Laure qui, en triant ses photos a revu le circuit avec grand plaisir et d’ajouter::Tout a été parfait, le dépaysement total. Moi qui ne connaissais l’Algérie que par le récit, j’ai trouvé un pays beaucoup plus joli et attachant que je ne l’imaginais! Les paysages grandioses... Quant au M’Zab dont je rêvais depuis 40 ans,( mon mari, «pied-noir» me disait toujours: mais tu ne pourras y entrer, c’est interdit) c’est encore plus beau que dans mes rêves, ces couleurs irréelles, le calme qui s’en dégage.... bref le désert, les dunes .... un autre monde

Notre périple

Rafrraîchissons notre mémoire en rappelant ses grandes étapes:

1er avril: Marseille - Alger

2 avril : Alger la Blanche : visite des 3 cités: l’officielle ( monument aux morts, jardin d’essai) , la populaire (la casbah), la capitale ( les grandes artères grouillantes)

3 avril : Alger - Bou-Saada : traversée de la Mitidja et du défilé de la Chiffa (ruisseau des singes), puis l’atkas tellien, la région des hauts plateaux. Visite de la cité du bonheur et du Moulin Ferrero.

4 avril : Bou-Saada - Djelfa (alfa) - Laghouat aux quartiers pittoresques - GHARDAÎA: belvédère avec vue imprenable sur le M’Zab. Visite de Beni-Izguen, la ville sainte et du marché à la criée.

5 avril : GHARDAîA ses réservoirs d’eau, la palmeraie - OUARGLA : traversée de la Mammada, ville de OUARGLA avec son marché, ses roses des sables.

6 avril : OUARGLA - TOUGGOURT et son musée saharien - EL-OUED, pays des mirages, jardins en entonnoirs disséminés dans les dunes, Ô coucher(s) de soleil (ce singulier pluriel a un sens pour certains acrobates du groupe)

7 avril : EL-OUED, le marché, la ville aux mille coupoles - BISKRA et sa région, magnifique canyon de l’oued el abiod, balcon de Rhoufi ( voir plus loin relation du «Biskri»)

8 avril : BISKRA - ALGER - MARSEILLE

En un mot, en accord avec ce qui est écrit dans les guides touristiques (et oui, il leur arrive aussi de dire la vérité), au cours de ce périple dans le grand sud algérien, nous avons effectivement découvert:

- les hauts plateaux aux steppes désolées, royaume de l’alfa

- l’Aurès aux couleurs irréelles dans son décor pré-saharien

- les oasis du souf et les villes du M’Zab, mystérieuses et féériques dans la lumière du couchant

- le Sahara, monde magique, inconnu, irréel, dont Balzac disait qu’il « était Dieu sans les hommes»

TIPART OU TI PART PAS, ou

Départ ? Quel départ ?

Marignane 18 heures. Salut

Pas l’temps de s’ reconnaître, de s’dire bonjour... que les deux soeurs ( Vivette et Vérane) s’baladant du côté de chez FRAM apprennent que nostr’avion avait pris des ailes et s’en était allé, sans nous, à 14 heures. Elles s’empressent de m’apporter la bonne nouvelle, la pu... et les copains qu’on attend à 19 heures. Comment qu’on va faire ?

La pagaïe, elle règne un peu partout, pourquoi les aiguilleurs du ciel y s’tapent la grève. Entention, pas les nôtres. Pour une fois c’est les z’otres, ceusses de l’autr’côté de la grande bleue. Atso, c’est le premier avril mais y faut pas exagérer. Quand on va leur dire aux z’ôtres, personne y va nous croire. Ca s’ra p’têtre mieux, comme ça y aura pas la panique et nous pendant ce temps, de not’tchatche, rien qu’on baratine la p’tite Brigitte, qui tape à toutes les portes des z’avions.

Mais laissons Rémy raconter à sa manière ce départ.

Norbert ennuyé: Chers amis, j’ai le regret de vous annoncer que tous les avions en partance pour Alger sont complets et que FRAM ne peut nous dire quand nous partirons.

Toto décontracté: Arrête ton char, Norbert, tu nopus prends pour des bleus

Norbert encore plus ennuyé: Non! Non! je vous assure que c’est vrai!

Toto goguenard : Ecoute Norbert, je sais que c’est le premier avril et ce coup-là tu nous l’as déjà fait plusieurs fois.

Une heure après:

La correspondante FRAM : Vite ! vite ! dépêchez-vous d’enregistrer vos bagages, j’ai pu trouver 37 places dans un avion pour Alger.

Toto triomphant: Je vous l’avais bien dit, ce Norbert, quel farceur !

Et le même Toto, plus tard d’ajouter:

Même si l’avion, tout à l’heure, il pique vers les flôts, je croirai que c’est un coup de Nono. Et tranquille comme Baptiste je sais qu’il remontera l’artiste.

Bref nous partîmes 37 de Marignane et nous nous vîmes 38 à Sidi Fredj. Salut Hamid !












PROPOS D’UNE FRANCOISE INTEGREE



Tu vas voir le soleil,
Il disait, mon mari,
Purée, dans mon pays,
Le soleil qu’il y a pas !
Mais ce jour-là, Alger
Ca ressemblait à Brest
Par un jour de grand vent.
Depuis qu’il est parti,
Le temps même il a changé;
Mais c’était beau, Alger,
Même si j’avais froid.
C’était blanc, c’était bleu
Et le linge aux fenêtres,
Comme des drapeaux aux mâts
Des navires en partance,
flottait



Il y avait la Casbah
attirante et secrète
et les enfants, partout,
Beaux comme des amours,
Les métiers d’un autre âge
Le marché et le port...
Pour moi, l’orient déjà,
Et ses femmes voilées...
L’appel du Muezzin
Sur la ville assoupie
Transformait en mon coeur
La beauté en bonheur


FRANCOISE


UN QUARTIER TORTUEUX : LA CASBAH



Elle fut à l’origine d’Alger la Blanche. Nous regrettons de l’avoir parcourue au pas de charge, appareil photo et sac à main biens serrés contre moi, tels des touristes pathos ou fraîchement débarqués.

Nous avons cheminé par d’étroites ruelles, la plupart en escalier, s’enchevêtrant les unes dans les autres et présentant à chaque pas des perspectives nouvelles; les maisons aveugles sont reliées par des terrasses à d’autres terrasses.

Des coiffeurs, des petits marchands de cigarettes, de brochettes, de zlabias, de pièces détachées usagées dominent les clients sur les marches des ruelles.

Sous nos yeux et avec une telle rapidité que peu d’entre nous ont pu saisir la scène , l’un de ces marchands s’est vu dépouiller du couvre-chef dont il était si fier.

C’est toujours la casbah de Pépé-le-Moko, du Sphynx (maison de tolérance réputée pour son luxe et la beauté de ses pensionnaires) et d’Ali la Pointe... si lointaine et si proche de la multitude et du désordre de la croissance urbaine.

Sur un mur, une inscription: «Vive la Casbah ! Je merde la Loi» . En effet, certains voudraient vider de ses habitants cet ilôt jugé insalubre et le transformer en musée urbain. La Casbah deviendrait un «parc naturel», un conservatoire de l’artisanat et des arts algériens. Elle conserverait son palais, ses édifices remarquables, ses demeures privilégiées, ses splendides musées et se débarrasserait de ses croûtes et de la misère. Malgré l’opposition obstinée de ses habitants, cette idée suit son chemin et déjà le musée des Arts Populaires s’est installé dans le palais Khédaoudj el amia (nom d’une belle aveugle)



Un vieux qui se réchauffe


Au maigre feu d’alfa


Et trois enfants gelés.


Un cheval famélique


Tourna une noria


Et tout autour le sable..
.

Le ciel plombé et bas


Des touristes en mal d’authentique


Qui ont froid, et photographient


Une scène si exotique,


Font trois petits tours


Et puis s’en vont

 Ô M’ZAB

    Le marché de GHARDAÏA séduit l’amateur d’images colorées et vivantes.

    La «Cité Sainte» de BENI ISGUEN trouble le voyageur par son atmosphère mystérieuse. Les femmes ne font que de brèves et furtives apparitions dans les rues. En tant que visiteur on ne retiendra de cette vision qu’une forme blanche aux contours incertains, se glissant à pas feutrés dans les ruelles et ne laissant discerner furtivement, qu’un oeil entre les pans du voile.


    Marcel



FEMMES DE BENI IZGUEN


Femme de Beni Izguen, sans forme et sans couleur,

Dont je croise un instant le regard de cyclope,

Qui voit sans être vue, cachant joie et douleur,

Ma soeur du M’Zab, femme qu’un linceul enveloppe,

Et femme-caravelle aux voiles déployées

Qui traverse la rue comme on franchit la mer

Cette ville couvent, ta prison, ton foyer,

Combien de temps encore en ce siècle de fer

Saura-t-elle écarter, oppresser, protéger,

Cette petite fille que tu tiens par la main,

Elle, dont les yeux noirs fixent les étrangers,

Et qui aura vingt ans en l’an 2000, demain


Françoise




BENI ISGUEN

PURITANISME SOLIDARITÉ

Ici, tout est construit en commun avec le souci de ne pas géner et dans le but de tout conserver au sein de la communauté. Pêle-mêle, j’ai noté sur mon bloc:

des remparts, très larges à la base, avec leurs tours d’où l’on a une vue magnifique sur la palmeraie et les autres villes,


un barrage souterrain, immense, pouvant recueillir l’eau nécessaire à cinq ans d’irrigation, que l’on nettoie aussi en commun, une fois par an,


des maisons s’étageant sur le flanc de la colline et ayant chacune vue sur la palmeraie; parmi les façades ocres quelques unes bleues, mettant une note lumineuse dans cet ensemble qui fait penser à un décor de théâtre,


des ruelles étroites, quelquefois en escalier, très propres, dans lesquelles le groupe a dû laisser place à la femme qui passe....


à l’entrée de la ville une plaque illustrée, marquant un certain nombre d’interdictions: fumer, manger dans la rue, photographier les gens, porter la mini-jupe...)


Le guide mozabite est fier de nous apprendre qu’il y a l’eau, l’électricité et le gaz dans chaque appartement, de nous expliquer que les vieilles maisons sont sans cesse restaurées avec un enduit d’argile et de chaux, très résistant, qui permet de conserver à la ville son originalité.


N’empêche qu’il y a des originalités qui nous choquent, nous occidentales: par exemple, ces deux portes, l’une pour les habitants, l’autre réservées aux étrangers à la famille... et ce , afin qu’on ne puisse voir....la femme. D’une manière générale, il faut bien reconnaître que les étrangers à la communauté ne sont que tolérés...


Les mozabites se marient entre eux. Est-ce cette consanguinité qui est la cause de leur myopie dont ils sont presque tous affectés ?


Le bien reste dans la famille. Iil  n’est pas question de vendre ni même de partager entre les enfants.


La palmeraie abrite les résidences d’été: chaque famille a entouré sa maison, son jardin, son domaine d’un mur élevé. Le partage des eaux, par des canalisations est formidable. La mise en valeur de la vallée du M’Zab date du 11° siècle. On imagine le travail colossal qu’a demandé cette irrigation. Creuser 3000 puits, construire le grand barrage d’irrigation. Tout ceci ne pouvait se faire qu’en commun, avec un esprit de solidarité et un courage qui forcent l’admiration.

(Marie-Thérèse)





Sable, palmiers

palmiers et sable

Sable toujours pareil

Dunes jamais semblables

et palmiers opiniâtres.

Eau, merveille, miracle,

Précieuse, ordinaire,

qui fait pousser la vie

Et qui est la vie même.

Eau pour un peu de blé

au milieu du désert

Eau donnée goutte à goutte

Pour élever des dattes,

Des chèvres, des enfants

Eau, larmes de la terre

Et du ciel trop brûlant.

Eau, mon remords aussi....

Quand j’en veux pour ma douche


Françoise


BISKRA RHOUFI


Il est environ 15 heures, ce 7 avril 1989, quand nous partons pour une excursion qui doit nous conduire de BISKRA à RHOUFI, localité située sur l’oued el Abiod.


Ali, comme promis, laisse à son «ami biskri» le soin de commenter ce qu’il verra sur ce circuit et répondre aux éventuels questions. Certains, pour charrier notre guide algérien, mettent ce retrait provisoire sur le compte du Ramadan..Ce vendredi "daar ej djemaa" en est le tout premier jour.


Après avoir contourné l’oasis de Chetma à 7 km de BISKRA, nous traversons la palmeraie de DROH où jaillit une eau potable, très fraîche. D’un promontoire, nous pouvons contempler vers le sud, le lac artificiel formé par le barrage de FOUM EL GHEF.


La route audacieuse, accrochée au fond de l’Aurès, tresse un paysage lunaire. Elle devient sinueuse et au loin, sur notre gauche, nous apercevons le Djebel Azreg, mais aussi des postes d’observation jalonnant l’ancienne voie romaine THAMUGADI -VESCERA (Timgad-Biskra). Nous approchons de la «vallée des géodes»... elle apparaît enfin. De nombreux enfants installés sur le bord de la route, nous proposent pour quelques dinars des spécimens de roches rivalisant de beauté! Les géodes au cœur bleuté sont les plus belles. Nous atteignons enfin les «balcons de Rhoufi». Le spectacle est grandiose aussi bien dans le canyon que vers les cimes de l’AHMAR KHADDOU (joue rouge 1980 m). La vue est extraordinaire sur les vergers et les hameaux nichés au fond des gorges. Les ruines de l’ancien hôtel Transatlantique, encastré dans la muraille, nous procurent, dans cet ensemble chaotique, un sentiment indicible. Malheureusement, nous n’avons pas pu voir et entendre les femmes et les filles remonter l’eau en chantant le long des sentiers en pente car il n’y a plus personne. Les maisons du village sinistré sont maintenant inhabitées


.. Chacun y fixera sur la pellicule la couleur du ciel et des roches, les jeux de lumière sur les reliefs ou dans les gorges.


Les tapis et les géodes qui sont proposées à grand tapage proviennent des boutiques de souvenirs et il faut marchander. Le «chaouia» aime cela et sous ses allures frustres se cache souvent un cœur généreux et simple ouvert à l’amitié.


Vers 17 heures nous amorçons notre retour vers BISKRA qui a perdu de son charme et qui n’est plus qu’une «Reine des Zibans» moribonde. L’extension de la ville et sa modernisation, les chemins défoncés, les jardins négligés... font que ma ville natale est actuellement une localité sans grand intérêt. Heureusement que l’ex jardin Landan et le Djan Bailek (jardin public) ont conservé un certain charme. C’est dans ces jardins qu’André Gide promenait ses jeunes réflexions qui devaient tant contribuer à sa gloire naissante; c’est à Biskra qu’il trouva ses nourritures «des fruits de saveur sauvage et subite»


Jean-Pierre le Biskri

OASISSO NOX


O combien de Jeannot, de Toto, de Norbert,

Qui sont partis joyeux, aux sables du désert

Dans les hôtels du sud, se furent réjouis!

Combien de Jean-Marcel, de Guy et de Rémy,

Qui, le chemin faisant, ne rêvaient que d’un bain

En rentrant au « boui-boui » ont dû se faire tintin!

Combien de robinets, ouverts à tout hasard,

Par Vérane, par Dédée, par Vicky (quel bazar !)

Qui sont restés sans eau, durant ces quelques nuits !

J’entends déjà Colette, Marie-Claude ou Dany,

Dire dans quelques années, à leurs petits-enfants:

« Mes chéris, l’Sahara, c’était quand même l’bon temps ! »

O qu’il était mignon, le cafard de Jacqueline!

Comme il aurait fait bon goûter à la piscine;

Ni Françoise ni Lucien et même pas Raymond

N’ont osé s’y mouiller les moindres arpaillons

Mais j’ai entendu Pierre* dire à Marie-Thérèse:

« Même avec des ennuis, ici, on est à l’aise »


Un ou une du raid


N.D.L.R. * Pierre et beaucoup d’autres z’aussi


LE MOT DU SAGE


Le voyage organisé par l’ADADENC constitue un périple très important, tant sur le plan culturel que touristique. De nombreuses informations données par un guide local très compétent, ont été très enrichissantes pour l’ensemble des participants.


Les différents reliefs traversés (plaines riches de la Mitidja, erg oriental, steppe, désert de hamada, erg occidental, chotts, mer de sable ) ont été un enchantement aussi bien pour la vue que pour la pellicule photo.

Je souhaite un nouveau voyage pour faire profiter les absents du circuit d’avril 89 et effacer les regrets qui, sans doute, seront nombreux lorsque la rencontre d’août leur fera connaître en détail, les différentes étapes du voyage.

A tous les anciens amis de l’ADADENC, je formule le vœu très cher de les revoir parmi nous, en Algérie, soit en groupe soit individuellement.


Hamid KASMI